Sylvain Diez
Des animaux hauts en couleur,
une amitié au long cours

© Sylvain Diez
Au fil des albums, ses personnages deviennent les acteurs de petites histoires qui parlent aussi bien aux enfants qu’aux adultes. L’illustration lui permet de jouer avec le récit, le rythme et la surprise, tout en conservant ce qui caractérisait déjà ses premières œuvres : un trait direct, une lecture immédiate et un humour sans méchanceté.
Sculpture Crocodile de Sylvain Diez 40 x 35 x 20 cm
Abbeyroad, acrylique sur toile, 80 x80 cm
Une petite annonce à Bastille
J’ai rencontré Sylvain Diez dans un salon d’art contemporain à Bastille. Ou plutôt, j’ai d’abord rencontré une petite annonce, punaisée sur le mur d’un stand qu’il partageait avec un ami artiste. Quelques mots pour exprimer une recherche très simple : un local, un endroit où travailler, même petit.
À ce moment-là, nous ne connaissions pas encore Sylvain, mais son travail nous avait déjà séduits. Ses peintures et ses sculptures d’animaux dégageaient une énergie folle. Les couleurs éclataient, les formes avaient du caractère, et l’ensemble respirait une gaieté communicative. Il y avait de l’humour, une liberté évidente et cette façon de regarder le monde de biais qui nous avait immédiatement plu.
Ma compagne, elle-même artiste, connaissait une maison d’artistes en banlieue parisienne où deux pièces étaient disponibles, à l’étage supérieur de son atelier. L’idée s’est imposée naturellement. Nous avons proposé à Sylvain de venir y travailler, sous réserve de l’accord de la ville. La demande acceptée, il emménageait le mois suivant.
Nous étions loin d’imaginer que cette petite annonce allait marquer le début d’une si longue histoire. Depuis, nous ne nous sommes plus quittés. Sylvain s’est marié, il a aujourd’hui un enfant, et nous sommes devenus, au fil des années, ses plus grands collectionneurs… de ses œuvres comme de ses livres !
Une ménagerie pleine de vie
Avant de devenir l’illustrateur jeunesse que l’on connaît aujourd’hui, Sylvain Diez a d’abord développé un univers de peintre et de sculpteur. Formé aux Beaux-Arts de Montpellier, où il étudie notamment la peinture, la sculpture, la photographie et la sérigraphie, il explore différentes pratiques avant de trouver dans le monde animal un terrain de jeu particulièrement fertile.
Chats, chiens, vaches, pingouins, girafes et autres créatures peuplent alors ses œuvres. Mais il ne s’agit pas simplement de représenter des animaux. Ils semblent avoir leurs propres préoccupations, leurs humeurs et leurs petites manies. Certains paraissent contemplatifs, d’autres un peu perdus, parfois étonnés par le monde qui les entoure. Leurs attitudes nous sont étrangement familières.
C’est là que réside, à mes yeux, une grande part du charme de son travail. Sous leur apparente simplicité, ces animaux nous renvoient à nous-mêmes. Ils observent, attendent, s’interrogent. Leur drôlerie tient souvent à peu de chose : une posture, un regard, un décalage entre leur apparence et ce qu’ils semblent éprouver.
Et puis il y a la couleur. Dans ses premières peintures et sculptures, elle participe pleinement à l’énergie des personnages. Elle affirme leur présence, accentue leur singularité et donne à cette ménagerie une vitalité presque contagieuse. Rien de pesant dans cet univers : l’humour et la gaieté y occupent une place essentielle.
De l’atelier aux livres pour enfants
Progressivement, le dessin et l’illustration prennent une place grandissante dans son parcours. Sylvain transpose son univers animalier dans les livres pour enfants, où son sens de la situation et son goût du décalage trouvent un nouveau terrain d’expression.
Au fil des albums, ses personnages deviennent les acteurs de petites histoires qui parlent aussi bien aux enfants qu’aux adultes. L’illustration lui permet de jouer avec le récit, le rythme et la surprise, tout en conservant ce qui caractérisait déjà ses premières œuvres : un trait direct, une lecture immédiate et un humour sans méchanceté.
Ses livres paraissent chez plusieurs éditeurs jeunesse, parmi lesquels Kaléidoscope, Frimousse, Thomas Jeunesse et Alice Jeunesse. Certains sont récompensés, comme Sinon…, qui reçoit le Prix Album Jeunesse de Brive en 2010, ou Deux manchots sur un glaçon, distingué par le Prix Escapage en 2017.
Pour autant, je ne vois pas dans ce passage à l’illustration une rupture avec le plasticien des débuts. J’y retrouve plutôt le prolongement d’une même recherche : inventer des personnages immédiatement reconnaissables, leur donner une présence et faire naître une histoire avec très peu de moyens. La peinture et la sculpture ont laissé davantage de place au dessin et au récit, mais l’esprit demeure.
Un ami que nous continuons à collectionner
Au fil des années, nous avons vu évoluer son travail, suivi ses projets et découvert ses nouveaux livres. Nous avons aussi accumulé ses œuvres, avec le plaisir très particulier de collectionner le travail d’un ami : chaque pièce porte en elle quelque chose de son parcours, mais aussi un souvenir, une conversation, un moment partagé.
Il est rare que l’on puisse suivre aussi longtemps le cheminement d’un artiste, depuis les premières découvertes jusqu’aux développements successifs de son univers. Dans le cas de Sylvain, cette histoire artistique se confond avec notre histoire personnelle.
Je repense parfois à cette petite annonce punaisée sur un mur de stand, dans l’agitation d’un salon d’art contemporain. Il lui fallait simplement un endroit où travailler. Nous avons proposé deux pièces à l’étage d’un atelier, et c’est toute une amitié qui a trouvé sa place.
Aujourd’hui, Sylvain continue de faire vivre ses animaux dans les pages de ses livres. Et nous continuons, avec le même plaisir, à les accueillir chez nous.



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